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Fiscus Iudaicus et „Parting of the Ways”

Au cours des dernières décennies, la recherche sur la séparation des chemins de l’Eglise et de la Synagogue au I et au début du II siècle est définie par une expression anglaise the parting of the ways. Ladite définition fut  propagée lors du colloque organisé à  Durham University en septembre 1989. Les documents de cette réunion ont été publiés sous le titre Jews and Christians. The Parting of the Ways A.D. 70 to 135. Le travail parut à  Tubingen en 1992. Le signe avant-coureur de ce terme technique du débat scientifique sur la  scission entre le judaïsme et le christianisme fut  le livre de James  Dunn, publié un an plus tôt et intitulé The Partings of the Ways: Betwe en Christianity and Judaism and their Significance for the Character of Christianity (et après réédité en 2006). Une réponse spécifique à ces deux positions devint l’article de  Judith Lieu paru dans  Journal for the Study of the New Testament intitulé  „The Parting of the Ways”: Theological Construct or Historical Reality?[1] Ensuite, en  2003 parut  le livre rédigé par Adam H. Becker et  Annette Yoshiko Reed, intitulé  The Ways that Never Parted: Jews and Christians in Late Antiquity and the Early Middle Ages. Les auteurs s’éloignent de la vision traditionnelle que vers la fin du I et au début du II siècle il y eut le désaccord total entre le judaïsme et le christianisme. Quelques contributions polonaises font partie de la présente étude, parmi lesquelles le travail collectif récemment publié  Jésus et les chrétiens dans les sources rabbiniques. Le livre rédigé par Krzysztof  Pilarczyk et Andrzej Mrozek vit la lumière du jour à Cracovie en  2012, dans le Cadre de la série  Esthétique et Critique, et parmi les auteurs se trouvent entre autres des experts chevronnés en  problématique  parting of the ways, comme W. Chrostowski, M. Wróbel ou E. Lipiński.

 L’un des facteurs qui aurait pu, dans une certaine mesure, influer sur la rupture entre le  judaïsme et le  christianisme fut  l’introduction par l’empereur Vespasien de la taxe appelée  Fiscus Iudaicus[2]. La recherche sur le fait que l’impôt juif ait effectivement contribué à la séparation de l’Eglise et de la Synagogue se heurte au nombre relativement restreint de sources qui en parlent. Les scientifiques sont largement condamnés à des conjectures. Dans les années dernières, c’était Marius Heemstra qui aborda ce problème dans sa thèse de doctorat, publié à Groningue en 2009. Un an après, parut  encore une publication de cet auteur consacrée au problème nous intéressant. Elle fut publiée sous le titre  The Fiscus Judaicus and the Parting of the Ways (Tübingen 2010). Par contre, en ce qui concerne la Pologne, la question de Fiscus Iudaicus fut en partie abordée par  Jerzy Ciecieląg dans son livre consacré au soulèvement  Bar Kochba (Powstanie Bar Kochby. 132 – 135 po Chr., Zabrze 2008).

Dans la présente réflexion qui prend le caractère d’une étude historique et théologique, nous nous posons la question si l’introduction de l’impôt  et son application a influé d’une quelconque manière sur la relation entre l’Eglise et la Synagogue, et si oui – quelle était la nature de cette influence. En cherchant dans l’analyse des matières – sources (mentions sur  Fiscus Iudaicus dans les écrits de Josèphe Flawiusz, Dion Cassius et Suétone),  la réponse au problème posé, nous nous arrêterons tout d’abord sur l’introduction de cet impôt par l’empereur Vespasien ainsi que sur les problèmes théologiques que cette taxe-là pouvait faire naitre chez les Juifs et chez les chrétiens ( menace de l’idolâtrie ), et ensuite sur les moyens de son application par les empereurs successifs jusqu’à la fin du premier siècle (exactement jusqu’à l’année 98 après J.- Chr.). Des fragments de textes  du Nouveau Testament, les réflexions des premiers Pères de l’Eglise et des anciens auteurs non chrétiens nous viendront en aide dans lesdites avalises. Et il serait très important d’essayer de préciser l’identité des personnes à qui fut  imposé l’impôt sous le règne des empereurs successifs  (Vespasien, Titus, Domitien, Nerva). Ce n’est que les résultats de ces analyses appliqués à la dynamique historique et théologique  (idéologique) de la séparation des chemins de l’Eglise et  de  la  Synagogue permettront de tirer la  conclusion si  Fiscus Iudaicus a effectivement contribué au  développement  du processus de  la séparation des deux communautés religieuses .

In l’article „Est-ce que dans les années 70/71 après Jésus-Christ  Fiscus Iudaicus  eut  une influence sur la séparation  des chemins  du judaïsme et du christianisme?” (Meeting at the Borders. Studies Dedicated to Professor Władysław Duczko, red. J. Popielska-Grzybowska, J. Iwaszczuk, Acta Archeologica Pultuskiensia 5, Pułtusk 2016, 201-213) nous arrivons à la conclusion qu’après l’introduction par Vespasien de l’impôt en faveur du temple de Jupiter sur le Capitole à Rome, tant les Juifs que les chrétiens (du moins quelques–uns )   furent  couverts par l’obligation de l’acquitter jusqu’à l’année  96. Pour ce qui est des adeptes du Christ, la base adoptée pour l’impôt payé par les judéo-chrétiens différait de celle qui concernait les chrétiens issus du milieu païen. Les premiers étaient tout simplement considérés comme Juifs, et les autres pourraient être d’abord  (sous Vespasien et Titus) identifiés avec la communauté juive (comme ce fut  le cas sous Claudius à Rome), et à partir de l’époque de Domitien, ils étaient perçus en tant que « vivant à la manière juive ». Il semble qu’après la réforme fiscale introduite par Nerva, les autorités romaines ont commencé à traiter séparément les deux communautés (dans la dimension religieuse cela eut  déjà  lieu à Jabné environ l’année 90). Les Juifs devaient continuer de payer l’impôt, par contre les chrétiens en tant que confesseurs de religio illicita, furent considérés comme exerçant une superstition interdite  (lat. superstitio) ce qui les condamnait aux persécutions. La question de  Fiscus Iudaicus pourrait donc être l’un des facteurs de discorde entre l’Eglise et la Synagogue, surtout à l’époque où les confesseurs du Christ n’avaient pratiquement plus rien de commun avec la Synagogue (après l’année 90), et les autorités romaines les percevaient toujours comme ceux qui « vivaient à la manière juive » (jusqu’à l’année  96). En raison de la religion professée, ils durent  non seulement acquitter l’impôt juif au cours de cette période, en tant que les  personnes « vivant à la manière juive »  mais qui plus est, ils étaient menacés de persécutions pour avoir été accusés  d’athéisme.

[1] J. Lieu, „The Parting of the Ways”: Theological Construct or Historical Reality?, Journal for the Study of the New Testament 56 (1994), pp. 101-119.

[2] La première position scientifique sur le système d’imposition de l’impôt par l’empire romain  sur les Juifs à partir de l’année 63 avant Jésus – Christ nous  est venue de sous la plume du chercheur allemand Peter Zorn et était intitulée Historia Fisci Judaici Sub Imperio Veterum Romanorum: Qua Periodi Designantur Sceptri Judaeorum Ablati. Inseritur Commentarius In Nummum Thesauri Regii Prussici De Calumnia Fisci Iudaici Per Nervam Coccejum Imperatorem Romanum Sublata (Hamburg 1734).

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ks. Mariusz Rosik